Cannes 2017 – Jour 5 : si on peut plus s’amuser

OutsidersCannes 2017, Saison 2016-2017Laisser un commentaire

Qui voudrait entendre parler de Jeanette de Bruno Dumont ou de La Caméra de Claire d’Hong Sang-soo peut cliquer ici. Pour les autres, une note sur Le Redoutable de Michel Hazanavicius.

Erratum : on a écrit ici qu’aucun film ne portait mieux son titre que Loveless ; c’était avant de voir Le Redoutable. Il serait idiot de se crisper a priori parce que Hazanavicius décide de passer Jean-Luc Godard à son traitement de pasticheur professionnel. Et force est de constater que le film était attendu au tournant un peu injustement, car l’idée de montrer Jean-Luc Godard comme un phénomène culturel pris dans une époque (les années 1960) pouvait être couronnée de succès. À l’arrivée, le réalisateur de The Artist et des OSS propose ce qui ressemble à la version longue d’un sketch des Césars (ne manque que Pierre Niney). Et encore, c’est à ne considérer que le versant pastiche du Redoutable : les citations, au dialogue et à l’image, pullulent comme autant de preuves d’un travail préparatoire studieux. Mais ces citations n’ont pas qu’une fonction de détournement. Elles servent aussi à Hazanavicius de bouclier, comme s’il voulait parer les flèches qu’il se doute mériter en arguant d’un amour sincère pour le cinéma de Godard. Problème, ce procédé n’est pas sans hypocrisie au regard de la thèse du film : le cinéaste suisse serait un caractériel un peu clownesque qui, par entêtement et orgueil mal placé, aurait abandonné ses bons films pour des soliloques dont tout le monde se fout. Une scène assume clairement cette charge anti-intello et un peu populiste. Godard et Wiazemsky rentrent de Cannes en voiture avec un couple d’amis et Michel Cournot. JLG et Cournot s’engueulent sur ce que doit être le cinéma. La réponse, pourtant, ce n’est pas eux qui la trouveront. C’est le chauffeur, gentil monsieur Tout-le-monde qui rend service en convoyant le groupe à Paris. « Je ne vais pas souvent au cinéma, dit-il, mais quand je choisis un film c’est d’abord pour me distraire ! » Mouché, Godard ne répliquera pas. En creux et sous ses airs de comédie, Le Redoutable est  l’affirmation d’un duel entre cinéma populaire et cinéma qui n’intéresse personne. Ce duel, dont Godard ne sort pas gagnant ici, ressemble un peu trop à une opération d’auto-légitimation, pour un (bon) réalisateur de comédies qui s’est cassé les dents sur la grande forme (The Search). Car ce qui se veut gentiment moqueur ressemble d’avantage à la vengeance d’un cinéma contre un autre: celui qui ne l’a pas adoubé aussi facilement qu’il voudrait. Tout ça n’aurait pas beaucoup d’importance, si l’histoire du cinéma commercial français n’avait été celle du triomphe morbide des enfants de la télé. C’est-à-dire une opération de recyclage aveugle des images, croyant rendre hommage quand elle défigure.

Louis Séguin

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *