Cannes 2017 – Jour 7 : King Hong

OutsidersCannes 2017, Festivals, Saison 2016-2017Laisser un commentaire

Stratégie de l’évitement (le plan d’après)

Hier nous évoquions Le Jour d’après de Hong Sang-soo, à propos d’une scène qui semble constituer un pas de côté dans une forme par ailleurs marquée par les retours et la symétrie. Autre scène du même film aujourd’hui, scène pivot pour le coup : l’éditeur est entouré de sa nouvelle recrue qu’il est en train de licencier, et de sa maitresse qui exige le licenciement pour être elle-même réembauchée. La longue explication entre les trois personnages semble devoir être tranchée par une décision unilatérale, celle de l’éditeur. Il a tous les torts, mais il devrait donner raison à l’une de ses interlocutrices contre l’autre. Il mettrait fin à la querelle, à la situation, à la scène et donc au plan, car Hong Sang-soo n’est pas de ceux qui couperaient avant. Mais l’homme ne réagit pas, ou mal. Sa lâcheté le poursuit depuis longtemps ; dans la première scène du film, il est incapable de répondre quoi que ce soit à sa femme qui lui demandait s’il avait une maitresse. Désemparé, il ménage les deux parties, et ne saurait faire autrement. Alors que leur parole s’épuise, les deux femmes elles-mêmes semblent se lasser de la dispute et aimeraient être interrompues. Mais le couard patron ne trouvera qu’une parade : éclater en sanglots. On l’avait déjà vu pleurer à chaudes larmes après un jogging matinal, frappé par la massue de la dépression face à une activité de pleine santé qui paraît si peu lui correspondre. Face aux deux femmes consternées par cette réaction, il s’enfonce dans le canapé comme un enfant triste, et c’est comme s’il ne faisait plus partie de la scène qu’il a pourtant provoquée. La caméra zoome et recadre sur son visage : une fois de plus, il n’aura pas réussi à régler le problème. Maintenant qu’on en est sûr, on peut couper et passer au plan suivant.

Louis Séguin

Zzzz…

Vers la lumière est de ces films qui parlent de cinéma et qui en sont paradoxalement dénués. L’argument est simple (et plutôt curieux) : Misako travaille dans l’audiodescription de films et doit donc faire en sorte de transmettre les émotions d’un film (sorte de mauvais mélo sur un couple senior) à des spectateurs aveugles. Au cours de sessions-tests avec des malvoyants qui commentent étape par étape la préparation de la version audio, elle fait la rencontre d’un photographe qui perd progressivement la vue. On le devine, les deux personnages vont s’apprivoiser, se rapprocher, se compléter, et puis finir par s’aimer. L’une ne sait pas lâcher prise et cherche dans le cinéma l’espoir de lendemains meilleurs, l’autre craint de perdre ses souvenirs en même temps qu’il perd la vue. Bref, Kawase suit ce fil ténu (tourner la page tout en conservant en soi ce qui nous a construit) avec particulièrement peu d’entrain et d’excitation, rejouant à minima sa tambouille mystico-malickienne (vent dans les arbres et reflets du soleil à travers les branches) et multipliant les flous et les scènes en longue focale pour rendre compte de l’aveuglement de son protagoniste masculin. Le plus désespérant (plus encore que dans Still the Water et An) tient toutefois à l’inanité de l’écriture de Kawase, d’une inertie totale (même plus de transferts d’énergie ou autres kawaseries habituelles), au point que le film et le film dans le film, dont on n’aperçoit que des bouts, se confondent dans une même médiocrité.

Josué Morel

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *